Au croisement des enjeux climatiques, économiques et sociaux, le Bénin engage une transition vers l’économie circulaire. Une stratégie qui pourrait redéfinir durablement les bases de son développement.
Une réponse à un modèle à bout de souffle
Longtemps, les pratiques béninoises ont intégré des logiques de réutilisation et de valorisation. Mais l’urbanisation rapide et l’évolution des modes de vie ont progressivement imposé un modèle linéaire, fondé sur l’extraction, la consommation et le rejet.
Aujourd’hui, ses limites apparaissent clairement. La production de déchets augmente, les infrastructures peinent à suivre et les ressources naturelles s’épuisent. Dans ce contexte, l’économie circulaire s’impose comme une alternative crédible. Elle vise à réduire le gaspillage, prolonger la durée de vie des produits et réintroduire les matières dans le cycle économique, tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre.
Ce repositionnement s’inscrit directement dans les engagements du Bénin en faveur des Objectifs de développement durable, notamment ceux liés à la consommation responsable, à l’action climatique et à la préservation des écosystèmes.
Des bases déjà solides dans la gestion des déchets
Si les défis restent importants, le Bénin ne part pas de zéro. Bien au contraire, il a déjà engagé des réformes structurantes qui font aujourd’hui figure de référence dans la sous-région.
Depuis 2018, le gouvernement béninois, à travers la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS), a profondément réorganisé la filière de gestion des déchets dans le Grand Nokoué. De la pré-collecte au traitement, en passant par le transport et la valorisation, un système intégré s’est progressivement mis en place, marquant une rupture avec les pratiques antérieures.
Les résultats sont visibles. L’amélioration du cadre de vie dans les grandes agglomérations, notamment à Cotonou, témoigne de l’efficacité de cette approche. La ville, longtemps confrontée à des défis d’insalubrité, s’impose désormais comme l’une des plus propres de la sous-région. Ce travail, salué par de nombreux observateurs, constitue bien plus qu’une politique de salubrité. Il pose les fondations concrètes de l’économie circulaire au Bénin.
Des secteurs encore sous pression
Malgré ces avancées, plusieurs secteurs restent confrontés à des défis importants. L’agriculture, pilier de l’économie, demeure vulnérable aux changements climatiques et à la dégradation des sols. Elle est appelée à évoluer vers des pratiques plus durables, capables de concilier productivité et régénération des écosystèmes.
La gestion globale des déchets, bien que mieux structurée dans certaines zones, reste insuffisante à l’échelle nationale. Les plastiques, en particulier, continuent de poser problème. Leur usage persiste malgré l’interdiction des sachets non biodégradables, et leur recyclage demeure limité. Dans les transports, la dépendance aux énergies fossiles et aux véhicules d’occasion accentue la pollution. Quant au secteur de la construction, il reste fortement consommateur de ressources et encore peu orienté vers des matériaux durables.
Une transition porteuse de développement durable et d’emplois
Au-delà de la réponse environnementale, l’économie circulaire s’impose comme un véritable levier de développement durable. En cherchant à découpler la croissance économique de la consommation de ressources naturelles, le Bénin amorce une transformation qui touche à la fois l’économie, le social et l’environnement.
Mais cette transition est aussi porteuse d’opportunités concrètes pour l’emploi. La structuration progressive des filières, notamment dans la gestion des déchets déjà impulsée par la SGDS, ouvre la voie à l’émergence de métiers verts. Recyclage, valorisation des matières, maintenance des équipements, agriculture durable ou encore éco-construction : autant de domaines appelés à se développer.
Ce mouvement pourrait contribuer à formaliser des activités longtemps restées informelles et à offrir de nouvelles perspectives, en particulier aux jeunes et aux femmes. En valorisant les ressources locales et en développant des chaînes de valeur circulaires, le pays pose les bases d’une économie plus inclusive, capable de créer de la richesse tout en préservant son environnement.
Une dynamique à consolider avec les acteurs de terrain
La réussite de cette transition dépendra toutefois de sa mise en œuvre effective. Si l’impulsion politique est réelle, elle devra s’accompagner d’un effort soutenu en matière de financement, d’infrastructures et de changement des pratiques.
Dans ce processus, les ONG locales apparaissent comme des acteurs clés. Déjà engagées dans la sensibilisation, la gestion des déchets ou l’innovation sociale, elles jouent un rôle de proximité essentiel. Leur capacité à mobiliser les communautés, à expérimenter des solutions concrètes et à accompagner les populations dans l’adoption de nouveaux comportements constitue un atout stratégique. En les intégrant pleinement dans la mise en œuvre du plan, notamment dans la formation aux métiers verts et la diffusion des bonnes pratiques, le Bénin pourrait accélérer l’ancrage de l’économie circulaire à l’échelle locale.
Au final, le défi n’est pas seulement technique ou financier. Il est aussi culturel. Transformer durablement les modes de production et de consommation suppose une adhésion collective. En capitalisant sur les acquis, notamment dans la gestion des déchets avec la SGDS, et en mobilisant l’ensemble des acteurs, le Bénin esquisse les contours d’un nouveau modèle de développement. Un modèle qui, s’il se concrétise, pourrait faire du pays une référence régionale en matière d’économie circulaire.
