Irrigation en Afrique : un levier face aux risques climatiques

Avec une agriculture encore largement dépendante des pluies, l’Afrique cherche à renforcer sa capacité à produire malgré les sécheresses et l’irrégularité croissante du climat. L’irrigation apparaît comme l’un des leviers majeurs de cette adaptation.

Quand les pluies arrivent au mauvais moment, trop peu ou pas du tout, les conséquences peuvent rapidement dépasser le champ agricole. Les récoltes diminuent, les revenus des producteurs sont fragilisés et la sécurité alimentaire des ménages peut se retrouver sous pression.

Cette vulnérabilité est particulièrement importante en Afrique. Selon des données présentées lors de l’Africa Food Systems Forum à Kigali, environ 95 % des terres arables du continent dépendent fortement des précipitations, tandis que seulement 5 % sont irriguées. Les petits exploitants représentent, eux, environ 80 % des agriculteurs d’Afrique subsaharienne. 

Dans ce contexte, développer l’irrigation ne consiste plus seulement à produire davantage. Il s’agit aussi de réduire la dépendance des agriculteurs à des saisons agricoles devenues plus incertaines.

Quand les pluies ne suffisent plus

L’enjeu est devenu particulièrement visible avec les épisodes de sécheresse qui frappent certaines régions africaines.

Au cours de la campagne agricole 2023-2024, un épisode de sécheresse associé à El Niño a notamment provoqué l’une des périodes de mi-saison les plus sèches observées depuis plus de 40 ans en Afrique australe. Le Botswana, le Lesotho, le Malawi, la Namibie et la Zambie avaient déclaré des catastrophes nationales liées à la sécheresse. Plus de 26 millions de personnes y étaient confrontées à des risques liés à l’insécurité alimentaire. 

La prochaine saison agricole reste également sous surveillance. Des scientifiques anticipent des effets d’El Niño en Afrique australe pour la campagne 2026-2027, avec notamment un risque de conditions plus sèches susceptibles d’affecter des cultures comme le maïs. L’irrigation peut contribuer à réduire cette vulnérabilité en donnant aux producteurs davantage de contrôle sur l’eau disponible pour leurs cultures.

Mais elle ne signifie pas nécessairement construire partout de grands barrages ou de vastes infrastructures. Les systèmes d’irrigation peuvent aussi être développés à une échelle adaptée aux exploitations, aux ressources en eau disponibles et aux réalités locales. C’est notamment l’approche de l’irrigation pilotée par les agriculteurs, qui fait partie des pistes évoquées à Kigali. L’objectif est de placer les producteurs au centre des investissements et des décisions concernant l’utilisation de l’eau. 

Investir dans l’eau pour sécuriser l’agriculture

Le sujet a occupé une place importante lors de l’Africa Food Systems Forum 2026, organisé à Kigali du 31 août au 4 septembre. Une session consacrée à l’investissement dans l’irrigation a réuni notamment des responsables publics, des chercheurs, des investisseurs et des acteurs du secteur agricole. Le message est clair : l’eau doit être davantage considérée comme une infrastructure stratégique des systèmes alimentaires africains.

L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule production agricole. Une irrigation mieux maîtrisée peut contribuer à stabiliser les revenus des producteurs, soutenir les activités rurales et créer des opportunités dans les chaînes de valeur agricoles. Mais développer l’irrigation demande des investissements importants. Il faut financer les infrastructures, les équipements, l’énergie nécessaire au pompage lorsque celle-ci est requise, mais aussi la maintenance et la formation des utilisateurs.

La question de la gestion durable de l’eau est tout aussi importante. Augmenter les superficies irriguées sans tenir compte de la disponibilité des ressources hydriques pourrait créer de nouvelles tensions ou fragiliser les écosystèmes. L’Afrique dispose pourtant d’importantes ressources en eau. Selon les données présentées à Kigali, le continent concentre environ 9 % des ressources mondiales renouvelables en eau douce. L’enjeu est donc aussi de mieux transformer ce potentiel en investissements adaptés et durables. 

Le Rwanda offre déjà un exemple intéressant de cette démarche. Une évaluation réalisée avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a identifié 610 595 hectares de terres potentiellement irrigables dans le pays, soit 386 381 hectares en superficie nette. L’étude vise notamment à fournir une base pour développer des projets d’irrigation susceptibles d’attirer des investissements. 

L’irrigation s’inscrit ainsi pleinement dans les politiques d’adaptation au changement climatique et dans les objectifs de développement durable, notamment l’ODD 2, consacré à la sécurité alimentaire et à une agriculture durable, et l’ODD 13, consacré à l’action climatique.

Une priorité d’adaptation

Pour l’agriculture africaine, l’enjeu n’est donc pas de remplacer partout l’agriculture pluviale par l’irrigation. Il s’agit plutôt de réduire une vulnérabilité devenue plus difficile à ignorer. Investir dans l’eau, développer des systèmes d’irrigation adaptés, renforcer la gestion des ressources et donner davantage de place aux agriculteurs dans les choix d’investissement peuvent permettre de mieux absorber les chocs climatiques.

À mesure que les sécheresses, les pluies irrégulières et les autres phénomènes extrêmes perturbent les calendriers agricoles, l’accès maîtrisé à l’eau devient progressivement une condition de résilience des systèmes alimentaires africains. L’enjeu des prochaines années sera donc autant de produire davantage que de garantir aux agriculteurs les moyens de continuer à produire lorsque les pluies ne répondent plus aux attentes.

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