Droits des femmes : le vrai défi commence après la loi

En Afrique de l’Ouest et du Centre, les cadres juridiques évoluent pour mieux protéger les femmes et les filles. Mais entre un droit reconnu par la loi et une protection réellement accessible, le chemin reste long. Une nouvelle analyse de SWEDD+ invite à regarder ce qui se passe après l’adoption des textes.

Adopter une loi est une étape. Encore faut-il que les femmes et les filles connaissent leurs droits, puissent signaler les violences, accéder à une assistance juridique et obtenir une réponse effective des institutions.

C’est précisément ce décalage entre les droits reconnus et leur mise en œuvre que met en lumière une note thématique publiée le 10 septembre 2026 dans le cadre de SWEDD+. Le document examine notamment les violences basées sur le genre (VBG), le mariage des enfants et les mutilations génitales féminines à travers la question de l’accès à la justice. 

Quand avoir des droits ne suffit pas

Dans les pays concernés, les réformes juridiques ont permis de renforcer les dispositifs destinés à protéger les femmes et les filles. Mais l’existence d’un texte ne garantit pas, à elle seule, son application dans la vie quotidienne.

L’analyse de SWEDD+ s’intéresse ainsi à l’ensemble du parcours qui mène du droit à la protection : connaissance des droits, signalement en toute sécurité, accès à l’aide juridique, fonctionnement des institutions judiciaires, orientation des survivantes vers les services appropriés, application des décisions et accès à des recours effectifs. 

Cette approche déplace le regard. Pour une femme confrontée à une violence, savoir qu’une loi la protège ne suffit pas si elle ignore où s’adresser, si l’assistance juridique est difficile à obtenir ou si les institutions chargées de faire respecter ses droits ne disposent pas des moyens nécessaires. La question devient alors : que se passe-t-il lorsqu’une femme cherche réellement à faire valoir ses droits ?

C’est aussi là que se joue une partie du lien entre égalité de genre et développement durable. L’ODD 5, consacré à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles, vise notamment l’élimination des violences et des pratiques préjudiciables. L’ODD 16, de son côté, appelle à promouvoir l’État de droit et à garantir un accès égal à la justice. 

De la réforme juridique à la protection réelle

Cette question était au cœur d’un atelier régional organisé les 1er et 2 septembre 2026 à Banjul, en Gambie. Des plateformes juridiques nationales de SWEDD et SWEDD+, des institutions régionales, des praticiens du droit, des chercheurs et des partenaires au développement y ont travaillé sur les obstacles institutionnels qui empêchent encore certaines femmes et filles d’exercer effectivement leurs droits. 

Parmi les outils mobilisés figure le Regional GBV Legal Scorecard, conçu pour aller au-delà de la simple existence des lois. Il permet notamment d’examiner les institutions, les services, les mécanismes de mise en œuvre et les dispositifs de redevabilité nécessaires pour rendre les protections juridiques effectives. 

Les recommandations de la note SWEDD+ vont dans le même sens : renforcer les capacités du secteur de la justice et l’aide juridique, mieux financer les plans de mise en œuvre, améliorer la coordination entre acteurs et rapprocher la protection juridique des services destinés aux survivantes et des interventions communautaires. 

L’enjeu dépasse donc la seule réforme des textes. Une loi produit réellement ses effets lorsqu’elle peut être comprise, invoquée et appliquée.

C’est pourquoi l’accès à la justice constitue aussi un enjeu de développement durable. L’égalité entre les sexes ne peut progresser durablement sans institutions capables de protéger les droits, tandis que l’ODD 16 fait de l’accès à la justice et de l’existence d’institutions efficaces et inclusives des éléments du développement durable. 

Pour SWEDD+, l’objectif est ainsi de contribuer à créer un environnement dans lequel les femmes et les filles peuvent non seulement connaître leurs droits, mais aussi les exercer et obtenir une protection effective lorsqu’ils sont menacés. Le programme place d’ailleurs l’élimination des violences basées sur le genre parmi les axes de création d’un environnement favorable à l’autonomisation des femmes et des filles. 

Laisser un commentaire

Réseau sociaux

Newsletter

Eco Update © 2026. Tous droits réservés.