La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a approuvé une facilité de 10 millions de dollars pour soutenir la phase pilote de l’Initiative ouest-africaine pour une agriculture intelligente face au climat (WAICSA), au Ghana, au Sénégal et au Togo. L’objectif est de favoriser des pratiques agricoles plus résilientes et d’élargir l’accès au financement agricole.
Pour un producteur, le changement climatique n’est pas une notion abstraite. Une pluie qui arrive trop tard, une période sèche qui se prolonge ou une forte précipitation peuvent perturber une saison agricole et fragiliser les revenus d’un ménage.
L’agriculture intelligente face au climat cherche justement à répondre à cette réalité. Elle consiste à adapter les pratiques et les investissements agricoles pour continuer à produire dans de meilleures conditions, tout en tenant compte des effets du changement climatique et, lorsque cela est possible, en réduisant les émissions liées à la production.
Agriculture intelligente face au climat : pourquoi elle devient nécessaire
L’idée n’est pas de remplacer les pratiques agricoles existantes par une solution unique. Il s’agit plutôt de donner aux producteurs les moyens de mieux faire face aux risques auxquels ils sont exposés. Cela peut passer par une meilleure gestion de l’eau, des pratiques adaptées aux conditions locales, des équipements plus appropriés, l’utilisation d’informations climatiques ou encore l’adoption de techniques permettant de préserver les sols et les ressources naturelles.
L’irrigation fait notamment partie des solutions qui peuvent réduire la dépendance des producteurs aux pluies et renforcer la capacité des exploitations à faire face aux périodes sèches. Une petite exploitation ne peut pas toujours investir seule dans de nouveaux équipements ou modifier ses méthodes de production.
Les banques et les institutions de microfinance peuvent également hésiter à financer des activités agricoles exposées aux aléas climatiques. Cette question du passage des engagements climatiques aux investissements concrets dans les exploitations agricoles est également au cœur des réflexions sur l’adaptation de l’agriculture africaine.
10 millions de dollars pour financer l’agriculture intelligente face au climat
La facilité de 10 millions de dollars approuvée par la BIDC doit soutenir la phase pilote de la WAICSA au Ghana, au Sénégal et au Togo. Elle fait partie de quatre opérations approuvées par la banque pour un montant total de 390 millions de dollars.
Le dispositif ne repose pas uniquement sur les prêts. La WAICSA prévoit également des garanties et des prises de participation, ainsi qu’une assistance technique. Celle-ci doit notamment aider les organisations de producteurs à renforcer leurs connaissances, les institutions financières à mieux prendre en compte les réalités de l’agriculture et les organismes de recherche à développer des pratiques adaptées aux conditions ouest-africaines.
Cette combinaison est importante. Un producteur peut avoir besoin d’un financement pour investir, mais aussi d’un accompagnement pour choisir une solution adaptée et en tirer pleinement profit. L’objectif est donc de rapprocher les ressources financières des besoins réels des exploitations et des entreprises agricoles.
Cinq ODD pour relier agriculture, revenus et climat
La BIDC rattache cette opération à cinq Objectifs de développement durable (ODD), les ODD 1, 2, 8, 9 et 13. Le lien avec l’ODD 1 sur la réduction de la pauvreté est concret. Dans de nombreuses zones rurales, l’agriculture constitue une source essentielle de revenus. Aider les producteurs à mieux résister aux perturbations climatiques peut donc contribuer à protéger les revenus des ménages.
L’ODD 2 sur la faim et la sécurité alimentaire concerne directement la production agricole. Des exploitations mieux préparées aux sécheresses, aux fortes pluies ou à d’autres perturbations peuvent contribuer à maintenir la production alimentaire. L’ODD 8 sur le travail décent et la croissance économique apparaît dans les activités qui entourent les exploitations. Produire, transformer, transporter et commercialiser les produits agricoles fait vivre toute une chaîne d’acteurs.
L’ODD 9 sur l’industrie, l’innovation et les infrastructures renvoie aux équipements, aux services, aux technologies et aux connaissances nécessaires pour faire évoluer les systèmes agricoles. Enfin, l’ODD 13 sur l’action climatique est directement lié à l’objectif de la WAICSA. Il s’agit d’aider le secteur agricole à mieux se préparer aux effets du changement climatique, tout en encourageant, lorsque cela est possible, des pratiques moins émettrices.
Au-delà des 10 millions de dollars, cette initiative pose donc une question simple pour l’Afrique de l’Ouest. Comment donner aux producteurs les moyens de continuer à produire dans un climat qui change ? L’agriculture intelligente face au climat apporte une partie de la réponse en rapprochant financement, connaissances et pratiques agricoles. Pour les producteurs, l’adaptation ne doit pas rester une recommandation. Elle doit pouvoir se traduire par des solutions accessibles et adaptées aux réalités de chaque zone de production.
