Restauration des mangroves : 3 millions de plants et un delta à reconstruire avec 400 femmes

Restauration des mangroves par des femmes dans le delta du Niger au Nigeria

Restauration des mangroves dans le delta du Niger, au Nigeria, plus de 3 millions de plants ont été mis en terre depuis 2018 par des équipes formées par le Lokiaka Community Development Centre. Environ 190 hectares de forêt marécageuse ont ainsi été restaurés et plus de 400 femmes ont été formées à la plantation et à l’entretien des mangroves dans plusieurs communautés.

Dans l’État de Rivers, la mangrove a longtemps subi les conséquences de la pollution pétrolière et de la dégradation des zones humides. À Ogoniland, l’évaluation du Programme des Nations unies pour l’environnement a documenté l’ampleur des dommages causés aux sols, aux eaux et aux écosystèmes.

Mais la restauration prend aujourd’hui une autre dimension. Des communautés locales se mobilisent pour faire repousser les mangroves, retrouver des espaces dégradés et préserver des ressources dont dépendent de nombreuses familles.

La restauration des mangroves se fait directement sur le terrain

L’initiative portée par Martha Agbani s’appuie sur une idée simple. Pour restaurer une mangrove, il faut connaître le milieu dans lequel elle pousse. Fondatrice du Lokiaka Community Development Centre, Martha Agbani forme depuis plusieurs années des femmes directement dans les zones marécageuses. Elles apprennent notamment à collecter les propagules, produire des plants et les installer dans les endroits où les conditions sont favorables.

Depuis 2018, plus de 3 millions de plants de mangrove ont ainsi été plantés et environ 190 hectares de forêt marécageuse ont été restaurés. Plus de 400 femmes ont bénéficié de formations pratiques. Le travail ne consiste toutefois pas à planter partout de la même manière. Selon les sites, les équipes peuvent procéder directement à la plantation ou passer par des pépinières.

Elles doivent aussi lutter contre des espèces envahissantes comme le palmier nipa, qui prend la place des mangroves locales. Cette connaissance du terrain est essentielle. Une plantation peut être importante sur le papier, mais sa réussite dépend aussi de la survie des plants, de l’état des sols, de la qualité de l’eau et de l’entretien des zones restaurées.

Plus que des arbres, des écosystèmes à reconstruire

La mangrove joue un rôle important pour les poissons, les crabes et d’autres espèces qui utilisent ces espaces comme zones de reproduction ou d’alimentation. Elle contribue aussi à protéger les zones humides et soutient les activités de communautés qui dépendent des ressources naturelles. Dans certains sites restaurés, le retour progressif de poissons et de crabes est déjà observé.

Cette évolution rappelle que la restauration ne se limite pas à faire repousser des arbres. Elle vise à remettre en fonctionnement tout un écosystème. Le Nigeria mène également un programme public de restauration à plus grande échelle à travers le Hydrocarbon Pollution Remediation Project, connu sous le sigle HYPREP.

Ses opérations comprennent le nettoyage des zones contaminées, la restauration des marais et la réhabilitation des mangroves. En juin 2026, HYPREP indiquait avoir planté près de 1,54 million de plants de différentes espèces de mangrove et restauré 560 hectares avec une végétation composée de plusieurs espèces.

Le projet affirme également avoir nettoyé plus de 1 000 hectares de zones côtières. L’organisme poursuit parallèlement la formation de travailleurs issus des communautés. Son programme de restauration comprend notamment des pépinières, la plantation de mangroves et la surveillance des zones restaurées. 

Quand les femmes deviennent actrices de la restauration

La participation des femmes donne une dimension particulière à cette expérience. Plus de 400 femmes ont été formées par le Lokiaka Community Development Centre pour prendre part aux activités de restauration. Elles acquièrent des compétences directement utilisables dans leur environnement et peuvent ensuite transmettre certaines pratiques dans leurs communautés. 

Cette implication rejoint aussi les efforts engagés par HYPREP. L’organisme indique que des femmes et des jeunes travaillent comme producteurs de plants, planteurs de mangroves et surveillants des zones restaurées. Ces travailleurs communautaires contribuent notamment à éviter la dégradation de nouveaux sites. En mars 2026, les zones humides de mangrove d’Ogoniland ont par ailleurs obtenu la désignation de site Ramsar d’importance internationale. Cette reconnaissance souligne la valeur écologique de ces milieux et renforce l’importance de leur conservation et de leur gestion durable.

La restauration des mangroves avance donc sur plusieurs fronts au Nigeria. Des initiatives communautaires portées par des femmes côtoient des programmes publics de grande ampleur. Toutes rappellent une même réalité. Pour faire revenir une forêt détruite, il faut planter, mais aussi entretenir, surveiller et protéger les espaces restaurés. Surtout, les communautés qui vivent au contact de ces écosystèmes doivent pouvoir participer pleinement à leur reconstruction.

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