Souveraineté alimentaire en Afrique : l’AFSA veut réhabiliter les cuisines locales

Chefs africains valorisant les produits locaux et les cuisines traditionnelles pour la souveraineté alimentaire en Afrique

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) appelle à valoriser les cuisines du continent. Avec la campagne « Je Mange Africain », elle veut rapprocher les consommateurs des produits locaux, des agriculteurs et des pratiques agricoles durables.

La souveraineté alimentaire en Afrique ne se joue pas uniquement dans les champs. Elle se construit aussi dans les marchés, les cuisines et les choix quotidiens des consommateurs. Alors que les habitudes alimentaires évoluent et que les produits ultratransformés gagnent du terrain, l’AFSA plaide pour une meilleure reconnaissance des aliments traditionnels et des communautés qui les produisent. Son appel, publié ce 16 octobre 2026, remet au centre du débat le lien entre alimentation, identité culturelle, santé et agriculture.

Des chefs africains mobilisés autour du patrimoine culinaire

Du 12 au 16 octobre 2026, le réseau des chefs de la campagne « Je Mange Africain » a organisé la première édition continentale de la MyFIA Chefs Week. Cette initiative met à l’honneur les ingrédients locaux, les recettes traditionnelles et les connaissances alimentaires transmises au fil des générations.

Pour l’AFSA, les chefs peuvent contribuer à changer le regard porté sur les cuisines africaines. En faisant découvrir des ingrédients parfois délaissés et en remettant des recettes traditionnelles au goût du jour, ils participent à la préservation d’un patrimoine culinaire riche et diversifié. Leur rôle dépasse ainsi la préparation des repas. Ils peuvent aussi sensibiliser les consommateurs et contribuer à rapprocher les producteurs des professionnels de la restauration.

Cette mobilisation s’inscrit dans le prolongement d’un rassemblement de chefs africains organisé à Addis-Abeba, en Éthiopie, en juillet 2025. Des participants de 23 pays y avaient adopté une déclaration en faveur de la valorisation des cuisines africaines et du renforcement des systèmes alimentaires du continent.

La démarche défendue par l’AFSA porte également une dimension économique. Une demande plus forte pour les ingrédients locaux peut ouvrir des débouchés aux agriculteurs, aux transformateurs et aux petites entreprises alimentaires. Ces retombées restent toutefois tributaires de conditions concrètes, notamment la disponibilité des produits, leur qualité, leur prix et l’organisation des circuits de commercialisation.

La souveraineté alimentaire en Afrique passe aussi par l’agroécologie

Derrière la valorisation des cuisines africaines se trouve une autre question, celle des méthodes de production. L’AFSA défend l’agroécologie, une approche qui cherche à concilier les besoins agricoles avec la préservation des sols, de la biodiversité et des ressources naturelles.

Cette orientation accorde une place importante aux semences paysannes, aux savoirs des communautés rurales et à la diversité des cultures. Elle vise à renforcer les liens entre les aliments consommés, les terres qui les produisent et les personnes qui entretiennent ces ressources.

L’organisation estime que les systèmes alimentaires africains doivent davantage reconnaître les agriculteurs familiaux, les femmes productrices et les détenteurs de semences. Ces acteurs contribuent à maintenir la diversité alimentaire, mais leur travail et leurs connaissances ne bénéficient pas toujours d’un soutien suffisant.

La transition vers des pratiques agricoles plus durables nécessite néanmoins des moyens. Les producteurs ont besoin d’un accompagnement technique, d’équipements adaptés, de solutions de stockage et d’un accès aux marchés. La promotion des produits locaux ne peut donc pas reposer uniquement sur les préférences des consommateurs. Elle suppose également des investissements et des politiques agricoles cohérentes.

Des engagements à traduire dans les politiques publiques

L’AFSA appelle les citoyens, les gouvernements, les chefs, les agriculteurs et les autres acteurs de l’alimentation à prendre part à cette évolution. Les consommateurs peuvent contribuer à la valorisation des produits locaux, mais les conditions qui orientent leurs choix dépendent aussi de décisions collectives.

Les pouvoirs publics disposent de plusieurs leviers. Ils peuvent soutenir les petits producteurs, améliorer les infrastructures de conservation et de transformation, faciliter l’accès aux marchés et favoriser l’utilisation de produits locaux dans les cantines scolaires ou la restauration collective. L’éducation alimentaire peut également aider les jeunes à mieux connaître les ressources agricoles et culinaires de leur pays.

Pour que ces actions produisent des effets durables, il faudra aller au-delà des campagnes de sensibilisation. Le suivi des revenus des producteurs, de l’accès aux aliments nutritifs et de la place des productions locales dans les circuits commerciaux permettra notamment d’apprécier les progrès réalisés.

L’appel lancé par l’AFSA à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation rappelle ainsi que l’avenir alimentaire du continent dépend autant de ce qui est produit que des choix qui déterminent ce qui arrive dans les assiettes. La valorisation des cuisines africaines peut contribuer à cette évolution, à condition de s’accompagner d’un soutien concret aux producteurs et aux communautés qui préservent ce patrimoine.

Laisser un commentaire

Réseau sociaux

Newsletter

Eco Update © 2026. Tous droits réservés.