Grâce aux interconnexions régionales soutenues par le Groupe de la Banque mondiale et ses partenaires, l’Afrique de l’Ouest renforce progressivement l’accès à une électricité plus fiable et plus abordable. Une dynamique qui redessine le paysage énergétique de la sous-région.
Une réponse régionale à un défi partagé
Pendant plusieurs décennies, l’insuffisance des infrastructures électriques a constitué l’un des principaux freins au développement économique de l’Afrique de l’Ouest. Dans de nombreux pays, l’accès limité à l’électricité, les coupures récurrentes et les coûts élevés de production ont pesé sur les ménages, les entreprises et les services publics.
Cette situation contrastait pourtant avec l’existence de ressources énergétiques importantes dans certains pays de la région. La Guinée et la Côte d’Ivoire, par exemple, disposaient de capacités de production excédentaires sans pouvoir les exporter à grande échelle, faute d’infrastructures transfrontalières adaptées.
Face à ces défis, l’intégration régionale est progressivement apparue comme une solution permettant de mutualiser les ressources, d’optimiser les capacités de production et de renforcer la sécurité énergétique de l’ensemble de la sous-région.
Une transformation portée par la coopération régionale
Cette dynamique a été accompagnée par le Groupe de la Banque mondiale, en partenariat avec plusieurs institutions de financement du développement, notamment la Banque africaine de développement, la Banque européenne d’investissement, la Banque ouest-africaine de développement, la Banque islamique de développement et l’Agence française de développement. Ensemble, ces partenaires ont soutenu la construction d’infrastructures destinées à relier progressivement les réseaux électriques nationaux.
Plus de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension ont ainsi été déployés pour connecter les quinze pays de la cedeao à travers le Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (wapp). Ces interconnexions permettent désormais aux compagnies nationales d’échanger de l’électricité au-delà des frontières et d’accéder à des sources d’énergie souvent moins coûteuses.
Des résultats visibles pour les populations et les économies
Les effets de cette intégration commencent à se faire sentir à l’échelle régionale. Entre 2019 et 2025, plus de trois millions de personnes au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée, au Libéria, au Sénégal et en Sierra Leone ont bénéficié d’un meilleur accès à l’électricité grâce à l’amélioration des réseaux de transport et de distribution.
Les retombées concernent également les compagnies nationales d’électricité. En Gambie et en Guinée-Bissau, l’importation d’hydroélectricité produite en Guinée a permis de réduire significativement les coûts de production et d’améliorer la situation financière des opérateurs.
Parallèlement, environ 8 % de l’électricité produite dans la région fait désormais l’objet d’échanges transfrontaliers, contribuant à renforcer la fiabilité de l’approvisionnement et à réduire les coûts pour les systèmes électriques nationaux.
Vers un marché régional de l’électricité
L’intégration énergétique ne repose pas uniquement sur les infrastructures physiques. Elle s’accompagne également de la mise en place progressive d’un marché régional de l’électricité.
Une étape importante est en cours avec le développement d’un marché dit « day-ahead », qui permettra aux compagnies d’électricité d’acheter l’énergie nécessaire pour le lendemain selon leurs besoins réels. Ce mécanisme devrait contribuer à réduire les coûts d’approvisionnement, limiter les délestages et améliorer la continuité du service pour les populations et les entreprises.
La synchronisation progressive des réseaux électriques nationaux ouvre également la voie à des échanges commerciaux plus fluides et à une meilleure valorisation des ressources énergétiques disponibles à l’échelle régionale.
Une contribution directe aux objectifs de développement durable
Au-delà des performances techniques, cette dynamique régionale produit des effets concrets sur le développement humain. L’amélioration de l’accès à l’électricité contribue directement à l’objectif de développement durable 7 (odd 7), qui vise à garantir l’accès de tous à une énergie fiable, durable et moderne. Plus précisément, elle participe à la cible 7.1, relative à l’accès universel aux services énergétiques, ainsi qu’à la cible 7.a, consacrée à la coopération internationale dans le domaine des infrastructures énergétiques.
Les retombées concernent également l’odd 8 sur le travail décent et la croissance économique. La construction et l’exploitation des infrastructures énergétiques ont généré plus de 52 000 emplois directs et indirects dans des secteurs tels que l’ingénierie, la construction, la logistique et la maintenance.
Cette dynamique contribue par ailleurs à l’odd 5 relatif à l’égalité entre les sexes. L’accès à une électricité plus fiable favorise le développement des activités économiques portées par les femmes et améliore l’accès à l’éducation, à l’information et aux services essentiels.
Enfin, en facilitant les échanges d’hydroélectricité et en réduisant la dépendance à certaines sources d’énergie fossile importées, le programme soutient également les ambitions de l’odd 13 consacré à la lutte contre les changements climatiques.
Une étape vers l’accès universel à l’électricité
L’expérience ouest-africaine illustre le rôle croissant que peut jouer la coopération régionale dans la résolution de défis structurels communs. En mutualisant les ressources, en harmonisant les règles du marché et en renforçant les interconnexions, les pays de la région construisent progressivement un espace énergétique intégré.
À mesure que les échanges transfrontaliers se développent et que de nouveaux projets voient le jour, cette dynamique pourrait accélérer l’accès universel à l’électricité, tout en soutenant la croissance économique, la création d’emplois et la résilience climatique. Dans une région où l’énergie demeure un levier essentiel du développement, l’intégration régionale apparaît désormais comme l’un des principaux moteurs de la transformation des systèmes électriques.
