Neuf pays africains participeront au programme mondial GEM, lancé en octobre 2026 pour améliorer la gestion des équipements électroniques en fin de vie. L’enjeu dépasse le recyclage, puisqu’il concerne aussi la santé, l’emploi et la récupération des matières premières.
Les déchets électroniques en Afrique constituent un problème qui accompagne la diffusion des téléphones, des ordinateurs et des appareils électroménagers. Une fois hors d’usage, ces équipements ne passent pas toujours par des circuits de collecte et de traitement contrôlés. Certains sont réparés ou revendus, d’autres démantelés pour récupérer des composants, tandis qu’une partie finit dans des dépotoirs ou fait l’objet de traitements dangereux. Le 7 octobre 2026, le lancement du programme Global Electronics Management (GEM) à Manille a remis cette question à l’agenda international. L’initiative concerne 16 pays, dont neuf en Afrique, et dispose d’un financement mondial de 60 millions de dollars.
Déchets électroniques en Afrique, un défi qui dépasse la collecte
En 2022, le monde a produit 62 millions de tonnes de déchets électroniques, selon le Global E-waste Monitor 2024, publié par l’Union internationale des télécommunications et l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche. Seuls 22,3 % de ces déchets ont été officiellement collectés et recyclés dans des conditions respectueuses de l’environnement. Le volume mondial pourrait atteindre 82 millions de tonnes en 2030 si la tendance se poursuit.
Ces chiffres ne décrivent pas à eux seuls la situation de chaque pays africain. Ils donnent toutefois la mesure d’un problème qui s’aggrave à mesure que les équipements sont renouvelés et que les besoins en appareils numériques progressent.
La difficulté ne tient pas uniquement au manque de points de collecte. Le traitement exige des infrastructures adaptées, des règles applicables, des financements et des débouchés pour les matières récupérées. Certains appareils contiennent du plomb, du mercure ou d’autres substances dangereuses. Lorsqu’ils sont brûlés ou démontés sans protection, les risques concernent les travailleurs et les populations vivant à proximité.
En parallèle, les activités informelles de réparation, de revente et de récupération jouent un rôle dans la prolongation de la vie des appareils. Les intégrer à des filières mieux encadrées représente un enjeu important pour le recyclage des déchets électroniques. Sans solutions économiquement viables, les règles environnementales risquent de rester difficiles à appliquer sur le terrain.
GEM, neuf pays africains dans un programme mondial
Financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et dirigé par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), le programme GEM est mis en œuvre avec la Banque africaine de développement, le Programme des Nations unies pour le développement et le Programme des Nations unies pour l’environnement.
En Afrique, les pays concernés sont l’Afrique du Sud, le Botswana, Djibouti, l’Eswatini, l’Éthiopie, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie et la Somalie. Deux projets régionaux doivent soutenir les interventions dans la Corne de l’Afrique et en Afrique australe.
Le programme entend agir sur plusieurs étapes de la vie des équipements. Il prévoit notamment de soutenir les politiques publiques, les capacités techniques, l’accès aux financements, la réparation, le réemploi et la récupération des matériaux. L’objectif est de réduire les déchets produits tout en améliorant la gestion des appareils arrivés en fin de vie.
Les 60 millions de dollars annoncés concernent l’ensemble du programme dans les 16 pays participants. L’annonce de lancement ne précise pas la répartition de cette enveloppe entre les neuf pays africains. Il serait donc prématuré d’en déduire les montants disponibles pour chacun d’eux.
Du recyclage à la création de filières viables
La récupération des métaux et d’autres composants peut limiter le gaspillage de ressources et alimenter de nouvelles activités économiques. Mais la présence de matériaux valorisables ne suffit pas à rendre une filière rentable. Il faut organiser la collecte, sécuriser le traitement, disposer d’équipements adaptés et trouver des acheteurs pour les matières récupérées.
C’est là que l’économie circulaire se heurte à des contraintes très concrètes. La réparation et le réemploi peuvent prolonger la durée d’utilisation des appareils, tandis que le recyclage intervient lorsque leur remise en service n’est plus possible ou pertinente. Ces activités nécessitent des compétences, des investissements et des règles qui clarifient les responsabilités des fabricants, des importateurs, des distributeurs et des utilisateurs.
L’économie circulaire ne se construira donc pas uniquement à travers des équipements de traitement ou des textes réglementaires. Elle dépendra aussi de la capacité à faire vivre des entreprises, à intégrer les travailleurs déjà présents dans le secteur et à rendre les pratiques plus sûres sans supprimer brutalement leurs sources de revenus.
Pour les neuf pays africains concernés, le véritable test sera celui de l’application. Les résultats devront se mesurer à la quantité d’équipements effectivement collectés, à leur traitement dans des conditions sûres et à la solidité des activités économiques créées. Le lancement de GEM fixe un cadre de coopération. C’est sur le terrain que se vérifiera sa portée.
