À quelques semaines de la COP31, les priorités africaines se précisent. Réunis à Addis-Abeba début septembre, les acteurs du climat ont mis en avant la finance, l’adaptation, l’énergie, les données et l’innovation, avec une volonté affichée de renforcer la capacité du continent à peser sur les solutions et les règles de l’action climatique.
La 14e Conférence sur le changement climatique et le développement en Afrique (CCDA-14) s’est achevée le 9 septembre à Addis-Abeba. Organisée autour du thème « Des promesses à la mise en œuvre : la feuille de route Belém-Antalya-Addis », elle a réuni décideurs, négociateurs, institutions financières, chercheurs, société civile, jeunes, femmes et secteur privé. Ses conclusions doivent contribuer à structurer les positions africaines avant la COP31, prévue à Antalya.
Cette fois, le message ne porte donc pas uniquement sur les besoins du continent. Les participants ont également insisté sur ce que l’Afrique peut proposer, construire et porter dans les discussions climatiques internationales.
La finance reste centrale, mais la question change
Les besoins financiers restent considérables. Selon les données présentées lors de la CCDA-14, l’Afrique aurait besoin d’environ 277 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour mettre en œuvre ses contributions déterminées au niveau national (CDN). Les flux actuels ne couvriraient qu’environ 11 % de ce montant. Le continent représente par ailleurs moins de 4 % des émissions mondiales.
Ces chiffres expliquent la place importante accordée à la finance climatique dans les discussions. Mais les demandes formulées à Addis-Abeba vont au-delà d’une augmentation des montants.
Les messages adoptés appellent notamment à des financements prévisibles, suffisants et accessibles, avec davantage de ressources qui ne contribuent pas à alourdir la dette. Ils proposent également de renforcer les mécanismes de financement portés par les institutions africaines et de mesurer davantage la finance climatique à partir de la valeur qu’elle crée sur le continent : emplois, transfert de technologies, industrialisation et développement de chaînes de valeur locales.
Des engagements existent déjà. La Banque africaine de développement a indiqué avoir mobilisé 450,9 millions de dollars auprès de sept bailleurs pour son Climate Action Window, avec 386 millions de dollars engagés dans 79 projets. La banque a également annoncé avoir mobilisé 8,4 milliards de dollars pour l’adaptation.
De son côté, Afreximbank prévoit d’allouer 5 % de ses prêts à long terme au financement climatique d’ici 2030, dont 70 % pour l’adaptation. La banque cite notamment le projet de chaîne de valeur des batteries entre la République démocratique du Congo et la Zambie, estimé à 3 milliards de dollars.
Adaptation, énergie et données : des priorités très concrètes
La finance n’est toutefois qu’une partie de l’agenda africain. La CCDA-14 a appelé à renforcer les investissements dans l’adaptation et les systèmes d’alerte précoce, notamment au bénéfice des villes, des collectivités locales et des communautés exposées aux risques climatiques. Elle propose notamment une chaîne d’alerte reliant observation, prévision, diffusion de l’information, action anticipatoire, financement et intervention.
L’agriculture occupe également une place importante. Les participants proposent de considérer les systèmes agroalimentaires comme un ensemble reliant production, ressources naturelles, marchés, nutrition et revenus. Ils demandent aussi que les plans d’adaptation soient accompagnés de projets chiffrés, d’institutions capables de les mettre en œuvre et de financements accessibles.
Autre priorité : la transition énergétique. Le message adopté à Addis-Abeba insiste sur la nécessité d’une transition pilotée par les réalités et les priorités africaines, avec une attention portée à l’accès, au coût et à la fiabilité de l’énergie. Les minerais critiques sont également au centre des discussions, avec l’objectif de développer davantage leur transformation locale et les chaînes de valeur régionales.
La donnée et l’innovation complètent cet agenda. Pour les participants, l’enjeu n’est plus seulement de produire des données climatiques, mais de disposer d’informations utilisables pour orienter les décisions, préparer des investissements et suivre les résultats. La CCDA-14 appelle ainsi à renforcer les capacités africaines en matière de recherche, de données et de gouvernance de l’information climatique.
Vers Antalya avec un agenda plus structuré
Les travaux d’Addis-Abeba ne constituent pas une négociation parallèle à la COP31. Ils servent plutôt à préciser les priorités que les acteurs africains souhaitent porter dans les discussions internationales.
Pour poursuivre ce travail, la CCDA-14 a mis en place six comités techniques, consacrés notamment à la finance climatique et aux marchés carbone, à l’agriculture et aux systèmes alimentaires, aux transitions justes et aux minerais critiques, à l’économie circulaire ainsi qu’à l’adaptation. Leurs travaux doivent intégrer les résultats de la COP31 et contribuer aux préparatifs de la COP32, que l’Éthiopie accueillera à Addis-Abeba en 2027.
La séquence qui mène à Antalya est donc déjà engagée. Pour l’Afrique, l’enjeu sera de faire entendre ses priorités sur la finance et l’adaptation, tout en mettant davantage en avant ses capacités, ses institutions, ses ressources et les solutions développées sur le continent.
La COP31 sera ainsi un nouveau rendez-vous pour défendre des intérêts africains, mais aussi pour faire avancer des propositions sur la manière de financer, organiser et accélérer l’action climatique.
