Sénégal : transformer la mangue pour créer davantage de valeur en Casamance

À Bambali, dans la région de Sédhiou, un parc agro-industriel consacré à la mangue doit rapprocher production, transformation et marchés. Avec un investissement annoncé de 11,7 milliards de francs CFA, le projet SM10 Agro veut réduire les pertes post-récolte et développer davantage de valeur autour d’une production agricole locale.

La première pierre du projet a été posée le 19 septembre 2026 à Bambali, en présence de plusieurs responsables sénégalais et des populations locales. Implanté sur 500 hectares, le futur parc doit associer production, traitement, transformation et commercialisation de la mangue. Sa capacité cible est annoncée à 8 500 tonnes par an.

Le projet, porté par SM10 Agro, intervient dans une région où la mangue occupe une place importante dans l’activité agricole. Selon le promoteur, 30 à 40 % des récoltes de mangues de la région de Sédhiou peuvent être perdues faute d’équipements suffisants de stockage et de transformation. Ce chiffre correspond à une estimation communiquée par Sadio Mané et ne constitue pas une mesure nationale des pertes de mangues.

De la mangue fraîche à plusieurs produits

Le choix de la transformation est au cœur du projet. Le futur parc doit accueillir un centre de traitement destiné notamment aux mangues fraîches ainsi que trois unités industrielles pour produire de la pulpe et de la purée, de la mangue séchée et du beurre de mangue. L’objectif est de pouvoir orienter les fruits selon leur qualité et leur destination, plutôt que de dépendre uniquement de la vente du produit frais. 

Cette organisation peut contribuer à limiter les pertes après récolte tout en élargissant les débouchés. Une mangue qui ne trouve pas preneur sur le marché du frais peut ainsi, selon sa qualité et les procédés utilisés, entrer dans une autre chaîne de valorisation.

Le projet prévoit également de développer progressivement une plantation de 500 hectares. Selon la feuille de route publiée par SM10 Agro, la première campagne de plantation est prévue en 2027 et la pleine capacité du parc est annoncée pour 2031. Cette montée en puissance sera donc progressive. Pour l’instant, il s’agit d’un projet en phase de lancement et de construction, et non d’une unité industrielle déjà opérationnelle.

Emplois, énergie et compétences : les autres enjeux

L’intérêt du projet ne se limite pas au volume de mangues qui pourra être transformé. SM10 Agro annonce 327 emplois fixes à pleine capacité, auxquels doivent s’ajouter des emplois saisonniers pendant les campagnes. Le projet prévoit également un centre de formation et un volet consacré à la recherche et au développement. L’ambition affichée est de recruter localement et de développer les compétences nécessaires aux métiers agricoles, industriels, de la qualité, de la maintenance et de la logistique. 

L’énergie constitue un autre aspect intéressant. SM10 Agro annonce que 100 % de l’énergie utilisée pour la transformation devrait provenir d’une infrastructure solaire à pleine capacité. Là encore, il s’agit d’un objectif du projet, puisque les lignes industrielles doivent entrer progressivement en production à partir de 2027. 

La future plateforme doit par ailleurs intégrer une architecture numérique permettant de suivre les lots depuis le verger jusqu’à l’export, avec des données sur les parcelles, les récoltes, le contrôle qualité et les opérations industrielles. Ces éléments donnent au projet une dimension qui dépasse la seule transformation agroalimentaire : réduction des pertes, énergie solaire, compétences locales, traçabilité et création d’emplois sont autant de sujets directement liés aux enjeux du développement durable.

Une ambition qui devra maintenant faire ses preuves

Le projet est encore au début de son parcours. Selon la feuille de route publiée par SM10 Agro, la plateforme de tri doit être mise en service en mars 2027, les premières plantations sont prévues en juillet 2027 et les trois lignes industrielles doivent commencer leur production en août 2027. La pleine capacité est annoncée pour 2031. 

Les prochaines années permettront donc de mesurer ce que cette initiative change réellement pour la filière : volumes effectivement transformés, réduction des pertes, emplois créés, compétences développées, revenus générés et part de la valeur conservée au Sénégal.

Le projet intervient d’ailleurs dans un contexte où les autorités sénégalaises cherchent à renforcer la transformation locale des productions agricoles. Le ministre de l’Industrie et du Commerce a souligné, lors du lancement, que la région de Sédhiou produit plus de la moitié de la mangue nationale et que la transformation doit permettre d’en tirer davantage de valeur. 

À Bambali, le véritable enjeu sera donc de voir si la mangue peut devenir le point de départ d’une chaîne de valeur plus complète : produire, transformer, former, employer et exporter davantage depuis la région. C’est sur ces résultats, plutôt que sur le seul montant de l’investissement, que se mesurera dans le temps la portée économique et environnementale du projet.

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