La finance carbone en Ouganda commence à créer de nouvelles possibilités de revenus pour certains petits producteurs. À Kasese, dans l’ouest du pays, ils associent la plantation d’arbres à leurs activités agricoles. Grâce à un programme de financement carbone, une partie des revenus générés par les crédits carbone leur est reversée. Certains utilisent cet argent pour payer les études de leurs enfants, acheter du bétail ou développer leurs activités.
À Karambi, dans le district de Kasese, Janeta Muhindo possède 205 arbres sur un hectare. Pour cette agricultrice de 63 ans, les arbres ne représentent plus seulement une ressource pour son exploitation. Ils lui rapportent aussi de l’argent.
Après avoir reçu un premier paiement lié au carbone stocké par ses arbres, elle a acheté un porc et de la nourriture pour l’élevage. La vente des porcelets lui a ensuite permis de contribuer aux frais de scolarité de ses enfants. Son témoignage a été rapporté début octobre par la presse ougandaise.
La finance carbone en Ouganda ouvre de nouvelles possibilités
Le programme qui accompagne ces agriculteurs est porté par l’Environmental Conservation Trust of Uganda, connu sous le nom d’ECOTRUST. Son programme Trees for Global Benefits met en relation des petits producteurs et le marché du carbone.
Le principe est assez simple. Les arbres absorbent du dioxyde de carbone pendant leur croissance. La quantité de carbone stockée peut être évaluée et donner lieu à des crédits carbone. Ces crédits peuvent ensuite être achetés par des organisations ou des entreprises qui souhaitent soutenir des projets de réduction ou de stockage des émissions.
Le programme Trees for Global Benefits existe depuis 2003. ECOTRUST indique qu’il concerne aujourd’hui plus de 54 000 petits producteurs et couvre plus de 34 000 hectares en Ouganda. À Kasese, 60 % des paiements carbone sont reversés directement aux agriculteurs, selon ECOTRUST. Le reste sert notamment au fonctionnement du dispositif et à des actions collectives.
Pour les producteurs, les arbres peuvent aussi avoir d’autres usages. Dans les exploitations où ils sont associés au café ou à d’autres cultures, ils fournissent de l’ombre et peuvent contribuer à limiter l’érosion des sols. Une étude publiée en septembre 2026 sur la participation des petits producteurs ougandais aux projets d’agroforesterie montre toutefois que le niveau des paiements et la régularité des revenus comptent beaucoup dans la décision des agriculteurs de participer à ces programmes.
L’argent du carbone entre dans les dépenses du ménage
À Kasese, les revenus tirés des arbres sont utilisés de différentes manières. Dans la coopérative Kyarumba Banywani Tree Farmers Savings and Credit Society, des producteurs associent notamment les revenus du carbone au café, à l’élevage, à l’apiculture et à l’épargne. La coopérative sert également de cadre pour accéder au crédit et financer d’autres activités.
Le cas de Janeta Muhindo est parlant. L’argent reçu pour ses arbres a été réinvesti dans un élevage porcin. D’autres producteurs utilisent leurs revenus pour les frais scolaires ou pour développer leur exploitation. Cette utilisation des revenus est importante pour comprendre ce que peut représenter un paiement carbone à l’échelle d’une famille. Le montant reçu n’est pas nécessairement élevé. Mais il peut servir à financer une dépense précise ou une petite activité qui rapporte ensuite de nouveaux revenus.
Chez certains producteurs de la région, la plantation d’arbres accompagne aussi la production de café. L’association des deux activités permet de conserver des arbres sur les parcelles tout en continuant à produire. Le modèle rejoint une préoccupation devenue importante pour les agriculteurs ougandais. Les producteurs de café cherchent notamment à mieux protéger leurs cultures contre la chaleur et les périodes de sécheresse. Des pratiques d’agroforesterie et d’association des cultures sont utilisées dans plusieurs exploitations.
Le marché carbone reste fragile
Les revenus issus du carbone ne sont cependant pas garantis. Ils dépendent notamment de la vente des crédits et des conditions du marché. L’étude consacrée aux petits producteurs ougandais souligne que l’incertitude sur les prix peut décourager certains agriculteurs. La durée d’engagement compte également. Planter un arbre et l’entretenir pendant plusieurs années demande du temps, alors que les besoins financiers d’une famille peuvent être immédiats.
Il faut aussi tenir compte de la taille des exploitations. Pour un petit producteur, consacrer une partie de ses terres aux arbres peut avoir un coût s’il réduit la superficie disponible pour les cultures vivrières ou commerciales. Ces questions sont importantes alors que les crédits carbone prennent progressivement une place dans le financement des actions climatiques en Afrique. Pour que les petits producteurs en bénéficient réellement, les règles de calcul, les paiements et les conditions de participation doivent rester compréhensibles et suffisamment prévisibles.
À Kasese, les premiers résultats donnent déjà une idée de ce que ces mécanismes peuvent apporter. Un arbre planté pour stocker du carbone peut aussi fournir de l’ombre, protéger les sols et, dans certains cas, générer un revenu supplémentaire.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien de carbone peut être stocké. Elle est aussi de savoir quelle part de la valeur créée revient aux agriculteurs qui plantent et entretiennent les arbres. C’est sur ce point que se jouera une partie de l’intérêt de la finance carbone pour les communautés rurales africaines.
