Zimbabwe: des larves d’insectes pour réduire le coût de l’alimentation des poissons

Larves de mouche soldat noire utilisées dans la fabrication d’aliments pour poissons au Zimbabwe.

Au Zimbabwe, des pisciculteurs utilisent des larves de mouche soldat noire pour fabriquer des aliments pour poissons. Cette méthode pourrait réduire leurs dépenses en limitant le recours aux ingrédients importés.

Pour de nombreux pisciculteurs au Zimbabwe, l’achat des aliments pèse lourd dans les dépenses de production et réduit les marges. Face à cette difficulté, les larves de mouche soldat noire sont étudiées comme une source locale de protéines pouvant remplacer une partie des ingrédients habituels dans les aliments destinés notamment au tilapia.

Larves de mouche soldat noire, une alternative aux aliments importés

Les aliments pour poissons sont souvent fabriqués à partir de farine de poisson, de soja et d’autres matières premières dont les prix peuvent varier. Selon la FAO, leur achat peut représenter jusqu’à 80 % des coûts d’exploitation de certains élevages. Pour les pisciculteurs zimbabwéens, trouver des ingrédients moins chers est donc une question de rentabilité.

Les larves de mouche soldat noire présentent un intérêt particulier. Riches en protéines, elles peuvent être intégrées à la formulation des aliments pour poissons. Elles se développent sur certaines matières organiques, notamment des déchets alimentaires et des résidus agricoles, à condition que ceux-ci soient adaptés à leur élevage.

Au Zimbabwe, des essais menés avec la participation de l’Université technologique de Chinhoyi et l’appui du programme FISH4ACP ont étudié leur utilisation dans l’alimentation du tilapia. Les résultats rapportés ont montré que les aliments intégrant ces larves pouvaient donner des performances comparables à celles d’aliments commerciaux dans les conditions testées.

La FAO estime que cette solution pourrait faire baisser le coût des aliments pour poissons de 15 à 40 %. Le résultat dépend toutefois du prix des matières premières, des méthodes de production et de la formulation retenue. Cette fourchette constitue un potentiel d’économie, et non une garantie pour chaque exploitation.

Au Zimbabwe, Fortune Garapo fournit plus de 300 pisciculteurs en aliments pour poissons

Dans la province du Manicaland, à l’est du pays, Fortune Garapo élève des poissons et fabrique des aliments pour les nourrir. Formé à la production de larves de mouche soldat noire, il utilise cette ressource dans son activité et vend également ses aliments à d’autres producteurs. D’après la FAO, son entreprise fournit plus de 300 pisciculteurs, dont 44 % de femmes. Son activité montre qu’une production locale d’aliments peut aussi créer un marché autour d’un intrant utilisé par de nombreuses exploitations.

Le recours aux larves ne signifie pas que tous les ingrédients conventionnels peuvent être supprimés. Leur proportion doit être adaptée aux besoins nutritionnels des poissons et à la qualité des matières premières disponibles. Le coût final dépend aussi du temps de travail, des équipements et de la régularité de la production.

Pour les pisciculteurs, l’intérêt est donc de disposer d’une solution qui soit à la fois nutritive, accessible et fiable. La formation des producteurs et l’accompagnement technique restent importants pour maîtriser l’élevage des insectes et la fabrication des aliments.

Une solution qui doit encore faire ses preuves à plus grande échelle

L’utilisation des larves de mouche soldat noire présente des possibilités, mais son développement demande une organisation rigoureuse. Les producteurs doivent disposer de matières organiques adaptées en quantité suffisante, maîtriser les conditions d’élevage des larves et respecter les règles sanitaires applicables aux aliments pour animaux.

Le prix de revient doit également être évalué dans chaque contexte. Une méthode rentable pour un fabricant disposant de matières premières à proximité ne le sera pas nécessairement pour un producteur qui doit les transporter ou investir dans de nouveaux équipements.

Au Zimbabwe, cette expérience apporte une réponse concrète à une difficulté rencontrée par les pisciculteurs. Elle montre comment des matières organiques peuvent être transformées en protéines utiles à l’élevage, à condition que la qualité et le coût de production soient maîtrisés. Reste à déterminer jusqu’où cette méthode peut être développée et combien de producteurs pourront réellement en bénéficier.

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