Au Soudan, un nouveau programme agricole cible 232 000 petits exploitants dans les États du Nil Bleu et de Sennar. Production, stockage, accès aux marchés, emploi et adaptation aux chocs climatiques sont au cœur de cette initiative destinée à renforcer les économies rurales.
L’agriculture soudanaise doit composer avec plusieurs difficultés à la fois. Le conflit a perturbé les activités économiques et les chaînes d’approvisionnement, tandis que les aléas climatiques compliquent davantage le travail des producteurs. Dans ce contexte, remettre les exploitations en activité ne consiste pas seulement à fournir des semences ou des équipements. Il faut aussi permettre aux agriculteurs de produire, de conserver leurs récoltes et d’en tirer un revenu.
C’est dans cette perspective que la Banque africaine de développement et plusieurs partenaires ont lancé le programme BOOST – Boosting Agrifood Systems Resilience in Sudan. Le dispositif cible 232 000 petits exploitants regroupés au sein de 175 coopératives agricoles dans les États du Nil Bleu et de Sennar. La FAO, le Programme alimentaire mondial, ONU Femmes et le Centre international d’amélioration du maïs et du blé participent également à sa mise en œuvre.
Produire davantage, mais aussi limiter les pertes
Le programme doit couvrir environ 1,16 million d’hectares et vise une production de plus de 980 000 tonnes de produits agricoles. L’objectif annoncé est également d’améliorer la productivité agricole de 25 %. Mais l’un des volets les plus concrets concerne ce qui se passe après la récolte. Plus de 1,2 million de sacs de stockage hermétiques doivent être distribués à plus de 200 000 agriculteurs. Le programme prévoit aussi la réhabilitation et l’équipement de 140 installations communautaires de stockage et de transformation.
L’objectif est de réduire les pertes post-récolte de 20 à 25 %. Pour un producteur, cette question est loin d’être secondaire. Une récolte perdue faute de stockage représente à la fois de la nourriture en moins et un revenu qui disparaît. Réduire ces pertes permet donc de mieux valoriser une production déjà réalisée, sans nécessairement chercher uniquement à augmenter les surfaces cultivées. BOOST prévoit par ailleurs le recours à des semences adaptées aux conditions climatiques et à des technologies agricoles améliorées.
Le programme cherche ainsi à renforcer la capacité des exploitations à continuer de produire malgré les variations du climat. Cette orientation rejoint directement l’ODD 2, consacré à la lutte contre la faim et à la promotion d’une agriculture durable. Sa cible 2.3 vise notamment à améliorer la productivité et les revenus des petits producteurs, tandis que la cible 2.4 appelle à développer des systèmes de production alimentaire durables et résilients face aux changements climatiques. Autrement dit, la question n’est pas uniquement de produire plus. Il s’agit aussi de faire en sorte que les producteurs puissent continuer à produire lorsque les conditions deviennent plus difficiles.
Des revenus agricoles aux emplois ruraux
L’autre volet du programme concerne l’économie qui se construit autour des exploitations. BOOST prévoit un accompagnement des coopératives, des petites entreprises agricoles et des initiatives portées par les jeunes. Formation, accès au financement, technologies, mentorat et liens avec les marchés font partie des actions prévues. Les femmes constituent également un groupe prioritaire.
Le programme vise notamment 30 % de femmes et 30 % de jeunes parmi ses bénéficiaires et prévoit d’accompagner environ 140 entreprises agroalimentaires dirigées par des femmes ou des jeunes. Cette dimension économique donne une autre portée à la relance agricole. Une exploitation peut produire davantage, mais si les producteurs restent éloignés des marchés ou si les activités de transformation sont insuffisantes, une partie de la valeur créée leur échappe.
En renforçant le stockage, la transformation, les coopératives et les petites entreprises, le programme cherche donc à agir sur plusieurs maillons de la chaîne agricole. Cela fait écho à l’ODD 8, notamment à sa cible 8.3, qui encourage l’entrepreneuriat, les activités productives et le développement des petites entreprises. L’enjeu est particulièrement important pour les jeunes et les femmes, dont l’accès aux opportunités économiques peut contribuer à diversifier les revenus dans les zones rurales.
La dimension climatique renvoie également à l’ODD 13 sur l’action climatique, notamment à la nécessité de renforcer les capacités d’adaptation face aux risques liés au climat. Pour les 232 000 agriculteurs ciblés, les résultats se mesureront cependant sur le terrain : disponibilité des intrants, rendement des cultures, pertes après récolte, accès aux marchés, revenus dégagés et capacité des exploitations à absorber les prochains chocs. Le programme BOOST met ainsi l’accent sur plusieurs éléments qui se tiennent : produire, conserver, transformer et vendre. C’est à cette échelle que la résilience agricole peut commencer à se traduire en revenus et en sécurité alimentaire.
