En Guinée, la protection des écosystèmes devient un enjeu de sécurité hydrique. Dans le bassin du Samou, des solutions fondées sur la nature cherchent à préserver les sources qui alimentent Conakry, tout en soutenant les communautés qui en dépendent.
La Guinée est souvent appelée le « château d’eau » de l’Afrique de l’Ouest. Plus de 22 fleuves de la région, dont le Niger, le Sénégal et la Gambie, y prennent leur source. Mais cette richesse hydrique est fragilisée par la déforestation, l’agriculture sur brûlis et la dégradation des terres. Dans les zones situées en amont de Conakry, l’érosion entraîne notamment des sédiments vers les réservoirs qui alimentent la capitale. Protéger l’eau suppose donc aussi de préserver les écosystèmes qui la retiennent, la filtrent et la régulent.
Restaurer les écosystèmes pour sécuriser l’eau
C’est l’un des axes du Projet pour l’eau et l’assainissement en Guinée (PEAG), qui entend améliorer la sécurité hydrique de près de 2,6 millions de personnes. Dans le sous-bassin du Samou, le projet mise notamment sur des solutions fondées sur la nature : restauration des forêts et des prairies dégradées, agriculture en terrasses, stabilisation des pentes par la bio-ingénierie et revégétalisation.
Soutenue par un financement de 11 millions de dollars du Fonds pour l’environnement mondial, cette approche vise à réduire l’érosion et le transport des sédiments, mais aussi à favoriser l’infiltration de l’eau et à stabiliser les flux vers les réservoirs de Conakry.
La création annoncée du parc national de Gangan participe à cette stratégie de protection en amont. Mais la conservation des écosystèmes ne peut être dissociée des conditions de vie des communautés riveraines. Le projet prévoit ainsi des formations et des activités génératrices de revenus destinées à réduire la pression exercée sur les ressources naturelles tout en diversifiant les moyens de subsistance.
Pour Souma Mohamed Lamine, conservateur en chef du parc national de Gangan, la préservation de la nature est directement liée à la survie économique des populations qui en dépendent. « Nous vivons dans cette nature et nous savons que, sans elle, nous ne sommes rien », souligne-t-il.
De la protection des sources à l’accès aux services
La démarche ne s’arrête pas aux écosystèmes. Le PEAG prévoit également d’améliorer les services d’eau dans le Grand Conakry, où seuls 23 % des ménages sont raccordés au réseau d’adduction d’eau. Le projet doit permettre de fournir pour la première fois de l’eau potable à plus de 570 000 personnes et d’améliorer le service pour environ deux millions de clients existants.
L’enjeu est aussi social. Les femmes et les filles consacrent jusqu’à 2,6 heures par semaine à la collecte de l’eau, contre moins d’une heure pour les hommes. Des investissements dans les services d’eau, d’assainissement et d’hygiène de 400 écoles secondaires doivent également améliorer les conditions sanitaires et d’apprentissage des adolescentes.
Avec une enveloppe globale d’environ 670 millions de dollars, le PEAG associe ainsi infrastructures, restauration des écosystèmes et développement des moyens de subsistance. Cette approche contribue notamment à l’ODD 6, consacré à l’eau potable et à l’assainissement, mais aussi aux ODD 5, 8 et 13, relatifs respectivement à l’égalité entre les sexes, au travail décent et à la croissance économique, et à l’action climatique.
En Guinée, l’expérience du bassin du Samou rappelle ainsi une évidence souvent oubliée : la sécurité hydrique ne commence pas au robinet. Elle commence dans les territoires qui produisent et protègent l’eau.
