Finance climat : ce que révèle le premier appel du Fonds pour les pertes et préjudices

En seulement six mois, le Fonds pour les pertes et préjudices a enregistré près de 200 demandes de financement. Ce premier appel offre un aperçu des nouvelles priorités de la finance climat mondiale et révèle comment les pays, dont le Bénin, se préparent à accéder à ce nouveau mécanisme.

Créé à la suite d’une décision historique adoptée lors de la COP27 en Égypte en 2022, puis rendu opérationnel à la COP28 à Dubaï en 2023, le Fonds pour les pertes et préjudices (Fund for Responding to Loss and Damage – FRLD) a été créé pour aider les pays en développement les plus vulnérables à faire face aux pertes et dommages causés par les effets du changement climatique. 

Après plusieurs années de négociations internationales, le Fonds entre aujourd’hui dans sa phase opérationnelle. Son premier appel à propositions ouvre une nouvelle page de la finance climat internationale et offre un premier éclairage sur les priorités qui façonneront ce mécanisme dans les années à venir.

Entre le 15 décembre 2025 et le 15 juin 2026, période retenue pour ce premier appel, 198 demandes de financement ont été soumises par des pays en développement. Après vérification de leur conformité, 176 projets, représentant 2,8 milliards de dollars américains, ont intégré le premier portefeuille du Fonds. Une première leçon se dégage déjà : les besoins restent immenses, mais leur prise en charge reposera désormais sur des projets solides, portés par des institutions crédibles et capables de démontrer leurs résultats.

L’Afrique en première ligne d’une nouvelle dynamique

Avec 81 projets, représentant près de 1,4 milliard de dollars, l’Afrique est la région qui sollicite le plus ce nouveau Fonds. Cette forte mobilisation confirme l’ampleur des défis auxquels le continent est confronté, mais aussi sa volonté de mieux se préparer aux conséquences du changement climatique.

Le rapport montre également que les Pays les Moins Avancés (PMA) et les Petits États Insulaires en Développement (PEID) concentrent plus de 60 % des financements demandés. Le Fonds reste ainsi fidèle à sa mission : soutenir en priorité les pays les plus exposés aux pertes et préjudices climatiques.

Mais ce premier portefeuille révèle surtout une évolution dans la manière de concevoir les projets. Les demandes ne portent pas uniquement sur la reconstruction après les catastrophes. Elles concernent également le renforcement des institutions, les systèmes d’information climatique, la production de données, le développement des compétences, la protection des écosystèmes ou encore la restauration des moyens de subsistance.

Cette orientation montre que la finance climat évolue. Les bailleurs ne financent plus seulement des infrastructures ; ils investissent aussi dans les capacités des États à anticiper les risques, à mieux gérer les crises et à renforcer leur résilience.

Le Bénin déjà dans la dynamique

Le Bénin figure parmi les pays engagés dans ce premier appel à projets grâce à deux propositions portées par le Fonds national pour l’environnement et le climat (FNEC).

La première vise la mise en place d’un mécanisme intégré de gestion des pertes et préjudices dans le Pôle de Développement Agricole 2. La seconde ambitionne de renforcer la résilience et le relèvement durable des communautés vulnérables du centre et du sud du pays. Ensemble, ces deux projets représentent près de 19 millions de dollars de financements sollicités.

À ce jour, ces propositions sont encore en cours d’évaluation. Leur présence dans ce premier portefeuille illustre néanmoins la volonté du Bénin de s’inscrire dès le départ dans cette nouvelle architecture de la finance climat et de renforcer sa capacité à mobiliser des ressources internationales.

Une nouvelle étape pour la finance climat

Le premier appel du Fonds met enfin en évidence une réalité : la compétition pour l’accès aux financements sera exigeante. Au 29 juin 2026, les propositions de la Côte d’Ivoire, d’Haïti, de la Jamaïque et du Nigéria étaient les seules à avoir franchi la première étape d’évaluation. La majorité des projets poursuivait encore son examen technique.

Ce constat rappelle que les besoins, aussi importants soient-ils, ne suffiront pas. Les pays devront démontrer leur capacité à présenter des projets bien conçus, techniquement solides et portés par des institutions capables d’en assurer efficacement la mise en œuvre.

Pour le Bénin, l’enjeu dépasse ce premier appel. La participation du pays dès le lancement du Fonds traduit une volonté de saisir les nouvelles opportunités offertes par la finance climat internationale. Dans un contexte où les besoins d’adaptation et de résilience continuent de croître, cette dynamique pourrait contribuer à renforcer, à terme, la mobilisation de ressources au profit des communautés les plus exposées aux effets du changement climatique.

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