Alors que plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable de base, le Forum africain de l’eau, qui s’ouvre à N’Djamena au Tchad, ambitionne d’accélérer les investissements et les réformes nécessaires pour faire de la sécurité hydrique un moteur de croissance, de résilience climatique et de développement durable sur le continent.
L’eau, un défi majeur pour l’avenir du continent
Longtemps considérée sous le seul prisme de l’accès aux services essentiels, l’eau apparaît aujourd’hui comme un enjeu stratégique pour le développement de l’Afrique. Son rôle dépasse largement les questions d’approvisionnement domestique. Elle conditionne la productivité agricole, la santé publique, la production énergétique et la capacité des États à faire face aux effets des changements climatiques.
Les chiffres témoignent de l’ampleur des défis à relever. Plus de 400 millions de personnes sur le continent n’ont pas accès à un service de base d’eau potable, tandis que plus de 700 millions ne disposent pas d’un assainissement élémentaire. En Afrique subsaharienne, les pertes en eau non génératrice de revenus atteignent en moyenne 38 %, illustrant les difficultés persistantes liées à la gestion des infrastructures et des réseaux.
Les conséquences sont également économiques. Selon les estimations de la Banque mondiale, les pénuries d’eau pourraient entraîner des pertes de produit intérieur brut pouvant atteindre 6 % dans certaines régions africaines, avec des impacts encore plus importants dans les zones particulièrement vulnérables comme le Sahel.
À l’inverse, investir dans la sécurité hydrique constitue une opportunité majeure pour le continent. Une gestion durable des ressources en eau peut contribuer à renforcer la sécurité alimentaire, améliorer les services de santé, soutenir la production énergétique et favoriser une croissance économique plus inclusive.
Un forum pour transformer les engagements en action
Coorganisé par la République du Tchad et le Groupe de la Banque mondiale, le Forum africain de l’eau entend précisément faire évoluer les discussions politiques vers des actions concrètes. L’événement réunit chefs d’État, ministres, institutions financières, organisations régionales, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants du secteur privé.
Au-delà des annonces, l’ambition affichée est de mobiliser davantage d’investissements publics et privés pour le secteur de l’eau et de renforcer la coopération régionale autour des ressources hydriques partagées. Cette dimension apparaît particulièrement importante lorsque l’on sait que près de 90 % des ressources en eau de l’Afrique traversent plusieurs frontières nationales.
Le Forum mettra notamment l’accent sur les Pactes nationaux pour l’eau, des cadres pilotés par les gouvernements qui visent à mieux articuler réformes institutionnelles, politiques publiques et investissements. Il devrait également permettre de faire avancer la feuille de route pour les investissements dans la sécurité de l’eau et les services WASH+.
Les enjeux portés par cette rencontre s’inscrivent directement dans plusieurs Objectifs de développement durable. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement contribue à l’ODD 6, tandis que les investissements dans la gestion des ressources hydriques soutiennent également l’ODD 2 sur la sécurité alimentaire, l’ODD 3 consacré à la santé et au bien-être, l’ODD 13 relatif à l’action climatique et l’ODD 17 sur les partenariats pour le développement durable.
Dans un contexte où l’accès universel à l’eau potable en Afrique de l’Ouest et du Centre ne pourrait être atteint avant 2046 au rythme actuel des investissements, le Forum africain de l’eau apparaît comme une occasion de repositionner cette ressource au cœur des stratégies de développement du continent. Car investir dans l’eau, c’est aussi investir dans les populations, la résilience des territoires et l’avenir économique de l’Afrique.
