En Égypte, au Maroc, en Namibie et en Afrique du Sud, quatre projets d’hydrogène vert et de ses dérivés vont bénéficier d’un appui de 20 millions de dollars de la Banque africaine de développement. L’objectif est de les rapprocher de la phase d’investissement et de faire émerger de nouvelles activités industrielles bas carbone.
L’annonce a été faite le 18 septembre 2026 dans le cadre du Programme africain pour l’hydrogène vert de la Banque africaine de développement (BAD). Les financements, qui restent soumis à l’approbation du Conseil d’administration de la Banque, doivent servir à préparer les projets et à améliorer leur capacité à attirer des investissements.
Les quatre projets ont été sélectionnés à l’issue d’un appel à propositions lancé entre avril et mai 2026. Celui-ci avait reçu 81 propositions provenant de 18 pays africains.
Quatre projets, quatre applications industrielles
Les projets retenus ne poursuivent pas exactement le même objectif. En Égypte, Project Ra doit recevoir 3,55 millions de dollars pour développer des activités liées notamment à la production d’ammoniac vert. Au Maroc, le Guelmim Green Hydrogen Valley, porté par Nareva Holding, bénéficiera de 5,28 millions de dollars. En Namibie, le projet Hyphen recevra 5,93 millions de dollars. Enfin, en Afrique du Sud, Saldanha Hydrogen DRI, porté par Enertrag en collaboration avec ArcelorMittal South Africa, bénéficiera de 5,24 millions de dollars pour travailler sur la production de fer à faible teneur en carbone.
Les quatre projets représentent à eux seuls un potentiel d’investissement estimé à 23 milliards de dollars. Ils pourraient également être associés à environ 20 GW de capacités solaires et éoliennes, 7 GW de capacité d’électrolyse et 2 950 MWh de stockage par batteries. Ces chiffres correspondent aux capacités et investissements estimés des projets, et non à des infrastructures déjà installées.
Cette distinction est importante. Les 20 millions de dollars annoncés par la BAD ne financent pas directement les 23 milliards de dollars d’investissements. Ils servent d’abord à faire progresser les projets vers une phase où ils pourront mobiliser des financements plus importants.
C’est précisément l’un des principaux obstacles aux grands projets énergétiques : avoir une bonne idée ne suffit pas pour obtenir des capitaux. Il faut aussi disposer d’études solides, de modèles économiques crédibles, de cadres réglementaires adaptés et d’un niveau de préparation permettant aux investisseurs de prendre position.
De l’énergie renouvelable à l’industrie
L’intérêt de l’hydrogène vert tient aussi à ses usages. Il est produit à partir d’électricité renouvelable et d’eau par électrolyse. Il peut ensuite servir directement dans certaines activités industrielles ou être transformé en produits dérivés, comme l’ammoniac. Dans les projets sélectionnés par la BAD, cette logique est particulièrement visible : certains ciblent les carburants durables pour le transport maritime et aérien, tandis que le projet sud-africain vise le fer à faible émission de carbone.
L’enjeu devient alors industriel. Il ne s’agit plus seulement de produire de l’électricité renouvelable, mais de l’utiliser pour développer de nouvelles chaînes de production. Pour les pays concernés, cela peut ouvrir des perspectives autour de la transformation locale, des exportations, des compétences techniques et des emplois. La BAD indique également que le programme pourrait contribuer à améliorer l’accès à l’électricité et à l’eau potable dessalée grâce à l’utilisation de surplus de production énergétique, ainsi qu’au transfert de technologies et de compétences.
Cette dynamique s’inscrit dans un marché mondial encore en construction. Pour l’Afrique, la question sera donc aussi de savoir quelle place les pays du continent pourront prendre dans cette nouvelle industrie : uniquement comme producteurs d’énergie et de molécules vertes, ou également dans les activités industrielles qui utilisent ces ressources.
Les quatre projets sélectionnés constituent pour l’instant des projets en préparation, et non des réalisations achevées. Leur passage effectif à l’investissement dépendra notamment de leur faisabilité technique, de leur modèle économique, des infrastructures disponibles et de leur capacité à mobiliser des capitaux privés. L’enjeu des prochaines années sera donc de voir si les ressources renouvelables africaines peuvent effectivement servir de base à une industrialisation moins carbonée et davantage créatrice de valeur sur le continent.
