Mozambique : comment financer autrement le développement durable ?

À Maputo, le Mozambique cherche de nouvelles façons de financer ses priorités de développement, alors que les besoins en matière de climat, de biodiversité et d’investissement restent importants. Obligations thématiques, échanges dette-climat, financement mixte ou crédits biodiversité : plusieurs pistes sont actuellement examinées.

Du 21 au 23 septembre, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et le gouvernement mozambicain réunissent des acteurs publics et financiers autour d’une question devenue centrale : comment mobiliser davantage de capitaux pour le développement durable tout en renforçant la capacité du pays à accéder aux financements ?

L’atelier s’inscrit notamment dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de financement climatique du Mozambique 2025-2034. Les discussions portent également sur la capacité du pays à améliorer sa crédibilité financière auprès des investisseurs et des agences de notation. 

Des financements qui cherchent à servir plusieurs objectifs

Le financement du développement ne repose pas sur un seul outil. Les discussions de Maputo portent sur plusieurs mécanismes, chacun répondant à des besoins différents. Les obligations thématiques, par exemple, permettent à un État ou à une institution de lever de l’argent sur les marchés financiers en l’affectant à des projets répondant à des objectifs définis : climat, environnement, développement social ou durabilité. Les obligations vertes en sont un exemple connu.

Autre mécanisme étudié : les échanges dette-nature et dette-climat. Le principe consiste, selon les modalités de chaque opération, à réorganiser une partie de la dette en contrepartie d’engagements ou d’investissements consacrés à la conservation de la nature, au climat ou à d’autres objectifs de développement. La CEA les présente comme des outils pouvant contribuer à la fois à la résilience budgétaire et au financement environnemental. 

Le financement mixte cherche, lui, à combiner des ressources publiques ou concessionnelles avec des capitaux privés afin de rendre certains investissements plus attractifs pour les investisseurs.

Enfin, le Mozambique explore les crédits biodiversité, un marché encore en développement qui cherche à donner une valeur financière à des résultats vérifiables en matière de conservation et de restauration de la biodiversité. La CEA souligne toutefois que leur développement nécessite des règles, des mécanismes de gouvernance et des garanties d’intégrité.

Le défi : rendre ces outils réellement accessibles

Ces instruments peuvent ouvrir de nouvelles possibilités, mais ils ne constituent pas automatiquement des financements disponibles. Pour les utiliser, un pays doit notamment disposer de données fiables, d’institutions capables de préparer et de suivre les opérations, de règles claires et d’une capacité suffisante à dialoguer avec les investisseurs. C’est pourquoi l’atelier de Maputo accorde une place importante à la crédibilité financière du Mozambique, à la transparence des données et aux relations avec les agences de notation. 

La question est particulièrement importante pour les investissements liés au climat et à la biodiversité, dont les bénéfices peuvent s’inscrire sur plusieurs décennies. Le financement doit alors permettre de rapprocher des besoins de long terme de ressources financières souvent plus sensibles aux risques à court terme.

Le Mozambique ne part d’ailleurs pas d’une feuille blanche. Des travaux antérieurs ont déjà identifié des possibilités autour de la finance de l’économie bleue, notamment les échanges dette-nature, les obligations bleues et les paiements pour services écosystémiques. L’enjeu actuel est donc de passer de l’identification des outils à leur structuration et leur utilisation dans le cadre des priorités nationales.

L’expérience mozambicaine sera à suivre à ce titre. Si les mécanismes étudiés à Maputo parviennent à mobiliser des capitaux supplémentaires tout en protégeant les finances publiques et en produisant des résultats environnementaux mesurables, ils pourront offrir des pistes à d’autres pays africains confrontés aux mêmes contraintes. Car financer le développement durable ne consiste pas seulement à trouver davantage d’argent. Il faut aussi trouver les bons instruments, réduire les risques et orienter les ressources vers des investissements capables de produire des résultats durables.

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