Zambie : la cuisson propre entre dans une nouvelle phase avec l’Article 6.2

Une femme utilise une solution de cuisson propre SupaMoto en Zambie

En Zambie, un projet de cuisson propre autorisé dans le cadre de l’Article 6.2 de l’Accord de Paris illustre comment la coopération climatique peut contribuer au financement de solutions concrètes.

La lutte contre le changement climatique se joue aussi dans les gestes du quotidien. En Afrique, la manière dont les ménages cuisinent constitue notamment un enjeu à la fois énergétique, environnemental et économique.

En Zambie, le projet Modern Energy Cooking Zambia vient de franchir une nouvelle étape. Il a été autorisé dans le cadre de l’Article 6.2 de l’Accord de Paris, dans le cadre d’une coopération entre la Zambie et la Suisse. Son objectif est de développer des solutions de cuisson moins émettrices que les systèmes traditionnels, notamment ceux utilisant le charbon de bois.

Comprendre simplement l’article 6.2

Le principe peut sembler technique, mais il est assez simple. L’Article 6.2 permet à deux pays de coopérer pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Lorsqu’un projet permet de réduire les émissions dans un pays, les résultats obtenus peuvent, sous certaines conditions, être transférés à un autre pays dans le cadre de leur coopération climatique. Ces résultats sont appelés ITMO, pour Internationally Transferred Mitigation Outcomes, soit des résultats d’atténuation transférés au niveau international.

Prenons un exemple. Si un projet en Zambie permet d’éviter une certaine quantité d’émissions grâce à des foyers de cuisson plus propres, ces réductions peuvent être mesurées et vérifiées. Une fois les conditions prévues respectées, elles peuvent être transférées à la Suisse dans le cadre de l’accord conclu entre les deux pays. Mais une règle est essentielle : une même réduction d’émissions ne doit pas être comptée deux fois. Des règles comptables spécifiques, appelées ajustements correspondants, permettent d’éviter ce double comptage.

Autrement dit, l’Article 6.2 crée un cadre pour que les efforts réalisés dans un pays puissent contribuer aux objectifs climatiques d’un autre, avec des règles de comptabilisation précises..

De la réduction des émissions au financement

En Zambie, cette coopération est associée à une initiative très concrète. Le projet est porté par Emerging Cooking Solutions, qui opère sous le nom de SupaMoto, avec différents partenaires. Il prévoit notamment l’utilisation de granulés fabriqués à partir de résidus de bois provenant de scieries locales pour alimenter des solutions de cuisson plus propres.

L’enjeu est donc double : réduire les émissions tout en développant des alternatives au charbon de bois. Mais pour installer ces équipements chez les ménages, il faut d’abord mobiliser des financements. C’est ici que le mécanisme carbone prend tout son intérêt. Les réductions d’émissions générées par les projets peuvent donner lieu à des revenus futurs. Ces perspectives peuvent contribuer à sécuriser des financements nécessaires au déploiement des équipements.

En juillet 2026, 10,7 millions de dollars de financement ont ainsi été annoncés pour soutenir le déploiement d’au moins 163 500 foyers améliorés en Zambie. Le remboursement de ce financement doit notamment s’appuyer sur les revenus futurs liés aux résultats d’atténuation achetés dans le cadre de l’Article 6.2. Le mécanisme crée donc un lien entre action climatique et financement : investir aujourd’hui dans des équipements qui permettent de réduire les émissions, puis utiliser les revenus associés aux résultats climatiques pour contribuer au financement du projet.

Pour les pays africains, cette expérience mérite d’être suivie. Les besoins de financement de la transition énergétique sont importants, et les mécanismes de l’Article 6 peuvent constituer une source complémentaire de ressources pour certains projets. Mais leur efficacité dépendra de plusieurs conditions : des réductions d’émissions réellement mesurables, des règles transparentes, une bonne comptabilisation et des bénéfices concrets pour les populations.

Une expérience à suivre

L’expérience zambienne montre surtout comment un mécanisme négocié dans le cadre de l’Accord de Paris peut progressivement se traduire par une action très concrète : permettre à des ménages d’accéder à des solutions de cuisson plus propres tout en mobilisant des financements liés aux résultats climatiques. Derrière le terme technique ITMO, l’idée est finalement simple : permettre à des pays de coopérer pour réduire les émissions, tout en définissant clairement qui peut comptabiliser ces réductions et comment.

La question sera désormais de savoir si ce type de mécanisme peut contribuer à déployer ces solutions à plus grande échelle, sans compromettre l’intégrité environnementale du système. Pour l’Afrique, l’enjeu est important : transformer les mécanismes de la finance carbone en investissements capables d’accélérer concrètement la transition énergétique.

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